Les villes inversées - Annabelle Boyer
     
Les villes inversées
Quoi de plus excitant - on pourrait dire normal - pour un photographe que de photographier les villes d’Amérique ?
J’ai voulu sortir des capitales graphiques, orgueilleuses, valorisantes.
J’ai déambulé dans ces villes trop larges. Sans decorum. Sans monuments. Sans Histoire. Sans beauté. Sans poésie. Sans « photo-génie ».
Rien qui ne retienne l’œil ni l’esprit. Sauf le vide. Un vide gris, infiltré quand le soleil s’y met, de quelques tâches de couleurs, d’éclats de lumière, de luminances, d’ombres, que j’ai voulu fixer ici et qui font exister l’espace urbain.
Mon souci n’est pas qu’on reconnaisse dans quelle ville on se trouve.
Mais plutôt ce qu’elle produit. Du point de vue de la lumière, qui seule, à mes yeux, lui donne sa forme. Une forme fugace, fugitive, qui apparaît et disparaît à la vitesse du vent et de la lumière, où la présence humaine semble n’être qu’un accident graphique, plutôt qu’une réalité sociale ou psychologique.
Mes villes, pourtant, ne sont pas irréelles. Simplement sculptées par la lumière et sa brillance.
Ainsi, je parlerai plutôt de mes villes comme des villes inversées.
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